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TRADITIONS
Noël en Berry, entre rites et légendes

Loin de la course effrénée de notre époque dans les boutiques en quête des cadeaux tant attendus, loin de l'abondance des plats sur les tables… le Noël de nos aïeux était plus simple, mais emprunt de mysticisme et régit par les traditions, coutumes et dictons.

Noël, ses décorations, son sapin, ses moments en famille, ses cadeaux, et ses traditions… Des traditions qui se transmettent de générations en générations, avec certaines évolutions selon les époques et les familles. Des traditions où rites chrétiens, croyances païennes et coutumes paysannes s'entremêlent. Daniel Bernard, docteur en anthropologie sociale et historique, a recensé et compilé la richesse de ces us et coutumes d'antan. Dans son ouvrage Noël en Berry, contes, rites et traditions, il fixe à l'écrit différentes traditions orales transmises auprès de l'âtre, lors des veillées de fi n d'année. Chaque contrée décline ses croyances, que l'on soit aussi bien à Tilly (36) qu'à Sainte-Montaine (18), le principal étant de conjurer le sort et de placer l'année à venir sous les meilleurs auspices.

ENTRE DICTONS, INTERDITS ET PRÉDICTIONS

A l'époque de nos aïeux, la période de l'Avent, ainsi que celle d'entre Noël et le jour de l'An, étaient riches en dictons, en interdits ou observations.

Pour les paysans de l'époque, la météo des derniers jours donnait le ton pour celle des mois à venir. Ainsi s'il pleuvait à Noël, janvier serait pluvieux et s'il y avait du vent le 27 décembre, le mois de mars sera venteux. Selon les secteurs, les dictons pouvaient varier, ainsi vers La Châtre (36), « plus les Avents étaient venteux, plus les vergers seraient plantureux ».

La période de nativité était également riche en interdits. Entre Noël et le jour de l'An, les femmes ne devaient pas coudre à Saulzais (18), ni faire la bugée (lessive) à Eguzon (36), ni même de cuire le pain car il se gâtait, disait-on à Azy (18). Les proverbes domestiques d'antan rappelaient à nos aïeux qu'ils devaient se livrer à un certain nombre de travaux, comme s'il fallait se débarrasser de certaines tâches impures avant le renouveau annoncé par les fêtes de fi n d'année.

LA BUCHE DE NOËL

Et pour annoncer le renouveau, quoi de mieux que de faire entrer la lumière dans le foyer ? Sous couvert de rites religieux chrétiens, les campagnes ont conservé quelques us hérités des pratiques païennes lors des célébrations du solstice d'hiver, comme le culte du feu et de la lumière renaissante.

C'est à travers l'installation d'une grosse pièce de bois, arrosée d'eau bénite, dans l'âtre à la veille de Noël que cette tradition se perpétuait. Ayant connue moultes appellations telles que causse de Nau, cosse de Nouël, terfau, tréfiau, tronc de Noël ou encore tropho… elle devait se consumer pendant au moins trois jours, autour du 25 décembre, voire jusqu'au nouvel an, selon les régions du Berry.

Dans l'idéal, la cosse Nau devait autant que possible provenir d'un chêne vierge de tout élagage et qui aurait été abattu à minuit. Le chef de famille était en charge d'allumer la souche, dans une cheminée préalablement ramonée et soigneusement nettoyée, pour faire un feu neuf. La bénédiction de la souche lui conférait à la fois un caractère sacré et des vertus magiques. Ainsi, en Sologne du Cher, « la bergère grattait la bûche pour avoir des agneaux noirs porte-bonheur » et il était interdit de s'assoir sur la partie qui dépassait de l'âtre… sous peine d'attraper des furoncles. Toujours dans le nord du Cher, porter sur soi des charbons de la cosse de Nau, lors des noces, prémunissait le mari de tout mauvais sort. Pour d'autres, les bûches protégeaient la famille contre la foudre, « les restes du feu sacré annulent les effets du feu du ciel », consigne Daniel Bernard.

MOMENT DE PARTAGE AVEC LES NÉCESSITEUX

« Dans la société traditionnelle, Noël est le temps du partage et ne constitue pas une fête mangeoire comme le carnaval ou les noces », explique l'auteur. Les grandes tablées aux riches denrées se développent après la Seconde Guerre mondiale. Le Noël d'antan était surtout religieux, et le repas frugal du réveillon se prenait après la messe de minuit. Sur la table, on retrouvait les victuailles à base de porc, celui tué lors de la Saint-Thomas, le 21 décembre, comme le voulait le dicton. Table sur laquelle viendront s'ajouter volailles et petits gâteaux, entourés d'une aura symbolique.

Les cornaboeux, pains en forme de corne ou de croissant, étaient distribués aux pauvres dans la matinée de Noël. « Indépendamment des cornaboeux, on fait encore, la veille de Noël, dans certaines fermes du Berry, une autre espèce de pain ou de gâteau auquel on attribue de grandes propriétés médicales. Ce gâteau se conserve toute l'année, et lorsqu'une personne ou un animal se trouve atteint de maladie, il n'est besoin, pour conjurer tout danger, que de lui faire avaler une bouchée », poursuit Daniel Bernard, dans son ouvrage.

Dans les bourgades, les boulangers confectionnaient des naulets (nôlets), petites galettes en forme de nourrisson, comme le petit Jésus. Au fi l du temps, les naulets sont devenus des petits pains ronds distribués aux pauvres, vers La Châtre. « Cette coutume, paraît-il porte bonheur aux bœufs et aux bêtes à laine et les fait prospérer », faisait remarquer Maurice Sand, dans la Revue des traditions populaires, en 1889.

Aujourd'hui, les légendes ont disparu, les vertus magiques des traditions d'antan ne sont plus qu'un souvenir. Peu importe les rituels de fin d'année choisis par les familles, qu'ils soient hérités des us et coutumes berrichons ou adaptés des habitudes d'outre-Atlantique, les fêtes de fi n d'années restent un moment convivial où la famille se réunit et conserve sa part de merveilleux et de mystère pour les enfants.

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