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TRADITION
La crèche, l’âme provençale s’invite à Noël

  A l’approche des fêtes de fin d’année, chaque famille a ses traditions, selon les régions. Les Provençaux, eux, ouvrent fébrilement les emballages protégeant les santons de la crèche. Délicatement peints, ils ravivent les souvenirs familiaux et les noëls d’antan, puisque l’art d’orchestrer la nativité se transmet de génération en génération.

Dans l’esprit de tous, la crèche se résume à Marie, Joseph, le petit Jésus, l’âne et le boeuf. Dans la théorie, oui. Avec les santons de Provence, ce n’est pas que le théâtre de la nativité qui prend corps, mais aussi le reflet du peuple où bergers, paysans, artisans, pêcheurs et autres personnages profanes, qui viennent peu à peu compléter le tableau.

DE ROME À LA PROVENCE

Avant d’être provençale, la crèche était romaine. Au XIIIe siècle, la représentation de la Nativité associait grandes statuettes et décors. Peu à peu, la mise en scène s’est écartée des écritures saintes pour entrer dans l’art populaire. La tradition se perpétua dans la clandestinité après la fermeture des églises lors de la Révolution. Mais, elle est très vite réapparue grâce à la dévotion des Provençaux et l’apparition des premiers maîtres santonniers de Provence, dont Lagnel, considéré comme le figuriste fondateur du métier de santonnier. Il faudra attendre le XIXe siècle pour que la confection de la crèche dans chaque famille se généralise.

DES AÎNÉS AUX ENFANTS, CHACUN SON RÔLE

Jadis, la crèche était installée la veille de Noël, en famille, avant le départ pour la messe de Minuit et elle restait en place jusqu’à la Chandeleur, sauf si le 2 février était un vendredi, auquel cas il fallait la défaire le lendemain.

Aujourd’hui, les préparatifs des fêtes de fin d’année, que ce soit ceux du sapin ou encore les décorations lumineuses, sont installés de plus en plus tôt. La crèche ne fait pas exception et rares sont les familles qui l’installent la veille pour le lendemain et la gardent au-delà de l’Epiphanie.

 Toutefois, elle rassemble toujours les générations et reste fondatrice de souvenirs. Les aînés transmettent leurs figurines aux plus jeunes, tout en les guidant dans sa mise en place. En effet, près de l’étable, il y aura toujours un berger debout ou à genoux, avec ou sans mouton sur les épaules, un Boufaréù (un ange joufflu), Lou Ravi, toujours les bras en l’air qui annonce la bonne nouvelle aux villageois et paysans et non loin de là, lou tambourinaire avec son tambourin et son galoubet. Sans oublier les Rois mages et leur dromadaire, le moment venu.

Quant aux bambins, ils ne sont pas sans rien faire. Ils mettent la main à la pâte pour collecter les branches, les feuilles, les glands, la mousse et autres cailloux qui orneront la crèche pour lui donner pleinement vie. Il n’y a rien de plus beau pour les anciens que de voir la flamme de la curiosité briller dans les yeux des plus petits, ils savent ainsi que la tradition sera entretenue avec la même passion. La crèche n’a jamais le même visage d’une année sur l’autre. Elle évolue dans le placement des scènes de vie, les végétaux, les accessoires. Elle reflète aussi l’état d’esprit des personnes qui la conçoivent. Dans les coutumes provençales de Noël, la crèche est peut-être la tradition la plus personnelle, la plus intime.

Les statuettes d’argile se fragilisent au fil des années. Les tubes de colle et de peinture ne sont jamais très loin pour rafistoler le santon vieilli ou pour lui redonner une nouvelle jeunesse. Pour les passionnés, la collection de figurines n’a de cesse de s’agrandir, enfin jusqu’à ce que le meuble réquisitionné pour l’occasion ne puisse plus en accueillir…

 


Des collections sentimentalement inestimables

Même à l’autre bout du monde, en période de Noël, les Provençaux expatriés gardent leur attachement pour la crèche. Tout est une question d’adaptation, en effet, seul le paysage entourant les santons varie. En Nouvelle-Calédonie, les algues séchées, les coquillages, le bois flotté, les coraux et autres pousses de palétuviers se substituent à merveille aux branchages métropolitains, mousses et autres brins de lavande ou de romarin et fleurs séchées.

 

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