Aller au contenu principal

Loup : quand un chercheur casse le mythe

Directeur de recherche à l’INRAe de Montpellier, Michel Meuret a planché sur le thème « une coexistence apaisée entre élevage et loup est-elle envisageable ? », lors des premières Assises de la prédation, le 2  juin. 

Entre histoire, sociologie, pastoralisme et éthologie, Michel Meuret a décortiqué les rapports que l’homme et le loup ont pu et peuvent encore entretenir. Dans une démonstration à la fois sérieuse et simple, le directeur de recherche à l’INRAe de Montpellier a souligné combien les loups étaient, depuis plus de 11 500 ans av J-C, date d’apparition de la domestication du bétail, une source de nuisances plus ou moins importante pour le bétail, avec un risque pour les humains. « La coexistence pourra certes être apaisée mais jamais paisible », a-t-il affirmé. Face à ce prédateur, l’homme s’est adapté en protégeant ses troupeaux comme il le fait aujourd’hui. Mais ce qui différencie les temps anciens de l’époque contemporaine, c’est la pression constante que l’homme exerçait alors sur le loup « en tuant ceux qui s’attaquaient à leurs bêtes ».        

 Or, la France, dont la quasi-totalité des départements à l’exception de quelques-uns (Manche, Seine-Maritime, Charente-Maritime…) étaient peuplés de loups à la fin du XVIIIe siècle, a connu pendant presqu’un siècle (80 ans) une période blanche, sans meute identifiée sur son territoire. La situation des années 2020 n’a plus rien à voir avec celle des années 1920 : industrialisation, expansion des villes, désagriculturisation du pays, développement des activités de loisirs… Le statut du loup a lui aussi évolué, gagnant au passage un brevet d’espèce strictement protégée. Le plus inquiétant est que les premières années de son retour, la présence du loup « a été gardée secrète par les pouvoirs publics, dans l’attente de ce statut de protection stricte », a-t-il ouvertement accusé, provoquant des soubresauts dans l’assistance. A cette époque, les chiens errants, les chiens « divagants » avaient d’ailleurs bon dos. Erigé en icône de la biodiversité et surtout en objet politique, le loup est devenu d’autant plus intouchable que les scientifiques ont vanté son apport pour la biodiversité en s’appuyant sur sa réintroduction dans le parc de Yellowstone (lire encadré). En Europe, il est même vu comme un « modèle atypique car il ne correspond pas au modèle idéal “sauvage”, tel que les scientifiques l’ont décrit aux EtatsUnis ».

RENFORCEMENT POSITIF ET NÉGATIF

En France, comme en Europe, « il ne faut pas sous-estimer l’intelligence du loup », a ajouté Michel Meuret. Les loups s’adaptent parfaitement à leur milieu, se comportent en opportunistes et qui à chaque fois évaluent le risque (présence de chien de protection par exemple) à la quantité de chair disponible (troupeau de 100 bêtes par exemple). « Il faut profiter de l’intelligence du loup », a souligné le chercheur. Pour lui, « multiplier les obstacles manque de sens tant que ces prédateurs ne considèrent pas leur effort de franchissement ou de contournement comme pouvant leur faire courir un risque sévère : blessure grave ou danger de mort ». Michel Meuret explique doctement pourquoi les mesures actuelles (tirs de défense soumis à autorisation préfectorale) sont et resteront inefficaces, en raison du « renforcement positif qu’il crée ». Le fait pour le loup d’attaquer une première fois, puis une deuxième… un troupeau sans impunité développe en lui un sentiment de récompense. C’est pourquoi, il préconise d’inverser la tendance et de créer un renforcement négatif : « il nous faut rétablir avec le loup une relation de réciprocité fondée sur des signaux clairs et de règles », qu’il pourra facilement comprendre, a-t-il plaidé. Autrement dit, il faut « éliminer les loups trop insistants pour que les survivants d’une meute puissent associer explicitement la présence d’humains à proximité des troupeaux à un réel danger ». Par exemple, associer chien de protection et tir à la première attaque lui semble indispensable. « L’objectif est bien la défense des troupeaux et non la chasse aux loups », a-t-il indiqué

Titre
Je m'abonne
Body
A partir de 93€
Liste à puce
Accédez à tous les articles du site L'Aurore Paysanne
Consultez le journal L'Aurore Paysanne au format numérique, sur tous les supports
Ne manquez aucune information grâce à la newsletter du journal L'Aurore Paysanne
Sous-titre
Vous êtes abonné(e)
Titre
IDENTIFIEZ-VOUS
Body
Connectez-vous à votre compte pour profiter de votre abonnement
Sous-titre
Vous n'êtes pas abonné(e)
Titre
Créez un compte
Body
Choisissez votre formule et créez votre compte pour accéder à tout {nom-site}.

Vous aimerez aussi

Virginie Elion, maire d'Aigurande, salue l'engagement des JA pour l'organisation de Terr'Agri sur ses terres et pour leur détermination au quotidien sur leurs exploitations. ©B.R
« Valoriser le dynamisme de nos jeunes agriculteurs »

Pour l’organisation de leur événement, les Jeunes Agriculteurs de l’Indre et du canton Boischaut sud peuvent compter sur le soutien indéfectible de

Terr’Agri 2026 : trois jours de fête agricole

 Les 4, 5 et 6 septembre, Aigurande accueillera Terr’Agri, grand rendez-vous festif et agricole organisé par les Jeunes Agriculteurs de l

Sur le pôle équin, les plus jeunes pourront découvrir la sensation de monter grâce à un tour en poney, comme ce fut le cas lors du dernier Terr'Agri à Levroux. © Écurie de Pouzelas
L'univers équestre s'invite à Terr'Agri

Grande nouveauté de cette édition de Terr'Agri, le pôle équin fera son apparition avec une ambition : faire découvrir au grand public la riche

Julien Pascal et Théo Tibaut, du canton d'Issoudun, transforment une R19 en traine-cul. ©B.R
Les traines-cul en cours de préparation

A quelques semaines de Terr’Agri, les cantons préparent leurs machines : moiss'batt et traine-cul.

©JA36
Inédit : un grand loto le 4 septembre

En amont de Terr’Agri, les JA 36 accueillent le public pour une soirée jeu avec un super loto.

La viande issue de la jeune charolaise de 3 ans de Jérôme Baritaud (en photo) et la vache de réforme de Kévin Baillon devraient couvrir le repas du samedi 5 septembre soir et du dimanche 6 septembre midi. ©M.G
Servir de la viande de qualité

Les 5 et 6 septembre, à Aigurande, les visiteurs de Terr’agri pourront se régaler avec les cuisses à la broche et le Berry burger.

Publicité