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Bilan de mandat
« Il y a eu un avant et un après 2016 »

Pour Robert Chaze, le président de la chambre d’agriculture de l’Indre, l’année 2016 a durablement marqué l’agriculture départementale.

La fragilité des fermes indriennes, la pluralité des profils des agriculteurs et la complexité du métier sont autant d’éléments qui amène les élus de la chambre d’agriculture à davantage en compte la dimension humaine des exploitations estime Robert Chaze.

 

Vous achevez votre second mandat à la tête de la chambre d’agriculture de l’Indre. Quels sont les événements qui vous ont le plus marqué durant ces six dernières années ?

L’année 2016 aura été la période charnière de cette mandature. Les inondations de juin suivies d’une sécheresse ont été malheureusement révélatrices de la fragilité dans laquelle se trouve l’agriculture départementale. Ces aléas ont mis au grand jour l’extrême vulnérabilité des élevages, notamment herbagers. Le secteur des grandes cultures a également été dramatiquement exposé, puisque les producteurs ont dû faire face la même année à des rendements catastrophiques, des cours en berne et une qualité très médiocre. Il y a eu un avant et un après 2016. Les choses ne sont désormais plus les mêmes.

 

Plus récemment c’est à une campagne de dénigrement tous azimuts auxquels sont exposés les agriculteurs…

Effectivement, l’autre événement majeur de ce mandat a été la montée en puissance du rapport passionnel qu’entretiennent nos concitoyens avec le secteur agricole. Et ce dans toutes ses dimensions culturelles, alimentaires, sanitaires, environnementales… La fermeture de l’abattoir du Boischaut sud début novembre ou encore le débat sur le glyphosate sont tout à fait révélateurs de ce qui se passe dans une société dont les comportements sont de plus en plus conditionnés par l’émotion et l’immédiateté. En grandes cultures, on balaie d’un revers de manche tous les efforts que nous avons faits avec l’utilisation du glyphosate, pour réduire les intrants, limiter l’érosion des sols et contribuer à la diminution des gaz à effets de serre en explorant les techniques de conservation des sols. En élevage, par quelques images on affaiblit toute une dynamique de territoire qui vise à développer une filière de proximité, de la finition de l’animal à son abattage…

 

Comment la chambre d’agriculture, qui est l’interlocuteur privilégié de la profession auprès des pouvoirs publics, a fait valoir les difficultés des agriculteurs dans cette phase si délicate ?

Ces six dernières années, la gravité de la situation nous a amenés à travailler sur des dossiers que nous pouvons qualifier de défensifs. La chambre d’agriculture a participé à l’instruction de 4 procédures de reconnaissance de calamités. Nous avons par ailleurs sollicité des aides auprès du Conseil régional qui, depuis la Loi Notre, a toute compétence pour le faire. Nous avons sans cesse œuvré pour éviter le pire. Sans les aides obtenues, les résultats de nos exploitations auraient été encore plus tendus. En outre, nous avons mis en place un dispositif d’appui aux agriculteurs les plus fragiles et des cellules d'urgence dès que cela s'est avéré nécessaire.

 

Toujours dans le registre défensif, la chambre d’agriculture a dépensé beaucoup d’énergie sur le dossier des zones défavorisées. Quel est votre sentiment sur le nouveau zonage validé en début d’année ?

C’est un combat entamé depuis de nombreuses années, qui a fini par payer. Contrairement aux autres départements du Centre-Val de Loire, et mise à part quatre communes où sont présents quelques élevages, nous avons évité de perdre des zones défavorisées. L’enjeu était colossal pour les éleveurs bénéficiaires de l’ICHN. Ce type de dossier déconnecté de l’immédiateté est typique du travail réalisé par la chambre d'agriculture. Nous sommes sur un autre pas de temps.

 

Parmi les sujets intemporels, figurent ceux de l’accès au foncier et de la gestion de l’eau. Quelles sont les actions conduites par la chambre d’agriculture ?

Ces deux sujets ont en commun l’accès à la production, et ce sont des problématiques que nous travaillons sur différents plans. Sur le foncier, la chambre siège à la commission départementale de la préservation des espaces naturels, agricoles et forestiers. Cette instance est consultée pour toute question relative à la réduction des surfaces naturelles, forestières et à vocation ou à usage agricole et sur les moyens de contribuer à la limitation de la consommation de ces espaces. Concernant la gestion de l’eau, c’est un sujet qui concerne tous les usagers. Il est particulièrement sensible. Il risque, avec la multiplication des épisodes trop secs et trop pluvieux, de devenir une préoccupation majeure. La création de retenues colinéaires alimentées par des excès de pluie  que nous prônons depuis des années devient urgente pour sécuriser nos productions et apporter de la valeur ajoutée à notre territoire. C’est ce message que nous portons auprès des instances chargées de traiter de cette question.

 

Déjà malmené par des cours volatiles, le secteur des grandes cultures, en plus des assauts du climat, fait face à un contexte réglementaire de plus en plus contraignant. De ce fait, l’assolement le plus représenté dans le département montre ses limites. Qu’est-ce que la chambre a mis en œuvre pour accompagner les producteurs à trouver de nouvelles alternatives ?

Dès 2014, les essais mis en place par l’équipe agronomie avaient pour objet d’apporter des pistes de diversification pour sortir de l’assolement blé/orge/colza. Cette démarche s’est concrétisée l’an passé par l'organisation de l'événement « Cultures à venir »,  à Issoudun. La chambre d'agriculture y a présenté une plateforme d'une dizaine de cultures avec leur itinéraire et débouchés. Nous explorons également de nouvelles modalités culturales, avec par exemple les cultures associées ou le travail simplifié du sol. Nous devons accélérer et monter en puissance sur ces questions. Le renforcement du service dédié spécifiquement à l’agronomie et aux cultures végétales, par l'embauche d'un chef de service au sein de la chambre d’agriculture, a pour objectif d’aider les agriculteurs à trouver des solutions.

Et pour l’élevage ?

Dès 2013, la chambre d’agriculture s'est engagée, avec différents partenaires, dans le programme Herbe et fourrages qui porte sur l’autonomie fourragère, en vue d’offrir plus de résilience aux élevages du département. Ce réseau s’appuie sur des fermes pilotes pour constituer des références, divulguées notamment par le flash fourrage, bien connu des éleveurs. Nous entamerons en 2019, sous réserve de l'accord du Conseil régional, le 4ème plan avec un nombre de fermes pilotes multiplié par deux. Nous allons disposer d’éléments de plus en plus fins par secteur, ce qui permettra de fournir aux éleveurs des conseils plus adaptés pour une meilleure gestion de leurs fourrages.

Par ailleurs, en élevage comme en grandes cultures, la formation a été l’une des priorités du mandat écoulé. Nous sommes un des premiers centres de formation professionnelle courte agricole de la région. Elargir son champ de compétences, faire siennes de nouvelles techniques et échanger avec des collègues contribuent à appréhender différemment ses pratiques et à trouver des solutions aux problématiques que nous rencontrons sur nos exploitations. Ce travail collectif est également au cœur de l'action des groupes de développement que nous avons soutenus. Nous avons accompagné la FDGEDA ainsi que tous les groupes locaux volontaires dans la redéfinition de leur projet, leur permettant ainsi de retrouver une vraie dynamique de groupe.

 

Durant cette dernière mandature, la chambre d’agriculture a officialisé ses compétences territoriales en adoptant une nouvelle charte graphique. Désormais, le mot territoires est accolé à celui d’agricultures. Concrètement, quels services l’organisme consulaire apporte aux collectivités locales ?

L’agriculture participe activement au développement économique du territoire. Dans un département rural comme le nôtre, une agriculture forte, créatrice de richesses, contribuera à maintenir des services publics. Nous le constatons avec la fermeture de la maternité du Blanc, la gare d’Argenton… on commence à ronger l’os et à constater le désarroi de bon nombre d’élus de territoire. Il apparaît évident que nous devons travailler main dans la main avec les collectivités locales. Or nous sommes de moins en moins nombreux à pouvoir nous impliquer dans les mandats locaux, et notre métier est de plus en plus complexe. Dans ce contexte, nous avons participé activement à la réalisation des diagnostics agricoles dans le cadre des PLUi de certains territoires qui ont fait appel à nos compétences. Nous avons également commencé à rencontrer les élus de chaque Communauté de communes, ainsi que ceux de la Communauté d'agglomération de Châteauroux, pour leur présenter un diagnostic agricole de leur territoire et leur exposer tout le savoir-faire de notre compagnie consulaire.

 

Vous vous apprêtez à solliciter un nouveau mandat en tant qu’élu à la chambre d’agriculture. Quels sont pour vous les principaux enjeux des six années à venir et comment la chambre peut continuer à jouer son rôle d’accompagnement des agriculteurs ?

Il apparaît nécessaire que la chambre d’agriculture prenne davantage en compte la dimension humaine des exploitations. C’est une réalité que nous percevons à travers l’accompagnement des agriculteurs au quotidien. Aujourd'hui, les exploitants agricoles, notamment les jeunes, sont de plus  en plus exigeants sur le sens qu’ils donnent à leur métier. Le profil des agriculteurs présente aussi une plus grande diversité et les raisons qui motivent le choix de ce métier sont très variées. Dans un même temps, l'environnement agricole est de plus en plus complexe. Il faut que la chambre d'agriculture s'adapte à cette nouvelle réalité et permette à chacun de pouvoir prendre le recul nécessaire et porter un regard global sur son exploitation afin de choisir l'orientation qui correspondra le mieux au potentiel technico-économique de son entreprise mais aussi à ses envies et ses valeurs. Par ailleurs, nous devons continuer à ramener de la valeur ajoutée dans les exploitations de notre département. Cela passe entre autres par l'accompagnement des démarches de circuits courts, de mise en place d’ateliers d’engraissement, de développement de l’irrigation et bien entendu d’installation. Enfin ceux qui seront demain à la tête de la chambre d’agriculture devront veiller de près au devenir de la PAC pour aider tous les agriculteurs, quel que soit leur système de production, à anticiper les décisions qui seront prises.

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