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MÉTIER D'ART
"La boite à pistons" redonne vie à la musique

A Châteauroux, il existe un facteur d'un autre genre. Pour lui, ni courrier ou colis dans sa besace, sa passion à lui se concentre sur les maux d'instruments de musique qu'il s'attache à réparer. A la « Boite à pistons » où il officie, Franck Singeot est facteur d'instrument.

La vie d'un instrument de musique n'est pas un long fleuve tranquille. Bois qui se fend, tubes cabossés, pavillons déformés… les instruments sont parfois soumis à rude épreuve. Heureusement ils ont aussi leur docteur. C'est le cas de Franck Singeot. Installé depuis le mois de juillet comme réparateur d'instruments à Châteauroux, il redonne vie aux saxophones, flûtes traversières et autres clarinettes qui ont subi les affres du temps ou des manipulations hasardeuses. « Je suis spécialisé dans les bois et les cuivres. C'est une discipline qui demande à la fois de la dextérité mais également beaucoup de patience. Cela se rapproche beaucoup de mon ancien métier », raconte Franck Singeot.

DEUX PASSIONS DANS UN MÊME MÉTIER

Car avant de devenir docteur es musique, Franck Singeot avait une toute autre aspiration et réparait des instruments d'un autre gabarit. « J'ai une formation dans la mécanique automobile. J'ai obtenu un bac pro dans la Meuse, mon département d'origine, puis je me suis engagé dans l'armée. En 1998, je suis arrivé dans le 517e régiment du Train de Châteauroux, ville que je n'ai plus quittée depuis. Après avoir travaillé pendant sept ans dans un garage automobile, j'ai décidé de changer de métier et de m'orienter dans la réparation d'instruments », développe-t-il. Une reconversion qui pourrait paraître étonnante, mais pas pour lui.

Ainsi, en septembre 2019, Franck Singeot intègre l'ITEMM au Mans, unique école en France qui propose des formations de facteurs d'instruments. « Je suis moi-même musicien, saxophoniste depuis 25 ans, la musique fait partie intégrante de ma vie. Je jouais déjà dans l'harmonie municipale de ma ville avant de m'orienter dans l'armée. Ce métier me permet d'associer mes deux passions, la musique et la mécanique. Il y a un an, j'ai obtenu un CAP de réparateur d'instruments à vent. Par la suite, j'ai fait un stage de création d'entreprise à la CCI de l'Indre, puis j'ai lancé une opération de crowdfunding (financement participatif) qui m'a permis de récolter les fonds nécessaires pour pouvoir me lancer. »

INVESTISSEMENT NON NÉGLIGEABLE

Ne disposant pas d'atelier, Franck Singeot a tout d'abord commencé son activité chez lui. Un démarrage compliqué pour un jeune chef d'entreprise, avant qu'une information ne vienne tout changer. « J'ai appris qu'un magasin de musique allait ouvrir dans le centre-ville de Châteauroux. J'ai rencontré Romain Theret, le propriétaire, qui m'a proposé un lieu plus adapté. Dans l'arrière-cour, il y avait en effet un atelier à disposition. Ainsi, nous pouvions mutualiser les charges de location des murs et cela me permettait d'avoir un lieu plus approprié pour mon activité, de pouvoir obtenir facilement des pièces pour la réparation des instruments. » Car chacun d'eux, voire chaque marque, a ses spécificités et les outils nécessaires à sa réparation sont parfois difficiles à trouver. Comme par exemple, les olives de débosselage qui permettent à l'artisan de travailler le cuivre et de rattraper les bosses des tuyaux de trompette ou de cornet. « Réparer un instrument s'apparente à de la mécanique dans certains points, considère le facteur. On refait des mécanismes, on change des joints, on rebouche des fissures… mais le matériel coûte cher, plusieurs milliers d'euros. C'est la même chose pour certaines pièces de rechange comme les joints en liège ou en feutre, il faut souvent passer des contrats avec le fabricant pour pouvoir les commander . »

C'est aussi pour cette raison que Franck Singeot souhaite développer son activité petit à petit. Car la réalité du métier n'est pas toujours rose, les musiciens se faisant rares dans certaines régions et l'investissement requis étant très élevé pour un nouvel installé. « Nous avons la chance d'avoir un territoire avec un réseau culturel très développé, reconnaît toutefois le spécialiste. Beaucoup de communes ont leur association musicale ou leur harmonie. Il existe beaucoup de festivals de musique et les habitants sont habitués aux groupes locaux ou aux orchestres. Je joue dans l'harmonie municipale et je suis également dans un groupe de cuivres. Grâce à ce réseau, j'ai réussi à me créer une clientèle assez large de musiciens. C'était aussi mon objectif, réparer des instruments avec lesquels on joue. » 

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