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ART POPULAIRE
La mémoire des contes du Berry sauvée par l'écrit

Les contes et légendes transmis très longtemps oralement de générations en générations représentent un véritable patrimoine culturel. Pour que les récits du Berry perdurent, ils sont consignés par écrit depuis le XIXe . Aujourd'hui Daniel Bernard, historien anthropologue, poursuit la démarche initiée par George Sand.

L es contes, les légendes qui se racontaient au coin du feu et se transmettaient de bouche-à-oreille, témoignent des croyances populaires des époques traversées en s'inspirant de faits ou lieux réels. Au XIXème siècle, les lettrés de l'époque ont pris conscience que cette « littérature orale », comme l'appelait George Sand, était vouée à disparaître. « Cette prise de conscience a initié un mouvement, une volonté de mettre par écrit les contes, légendes, chants, comptines, devinettes, dictons, etc. Tout ce qui formait cette tradition orale qui remonte à ces temps immémoriaux », explique Daniel Bernard.

Une mouvance suivie d'une volonté politique de transcrire ce patrimoine rural, ce patrimoine de contes sur l'ensemble du territoire français. Depuis le XXème siècle, ce souhait de préserver ces cultures orales a donné lieu à des transcriptions à l'échelle mondiale. « Il y a encore des récits qui circulent, tous ne sont pas fi xés, on en recueille encore. Malheureusement, nous sommes conscients que certains sont passés dans le monde de l'oubli faute de transmission orale », poursuit-il.

METTRE PAR ÉCRIT CES MOTS DU PASSÉ

Cet historien anthropologue de profession est, avant tout, un Berrichon passionné par l'histoire de sa province. Depuis des années, à travers ses études et ses recherches, il se plonge dans l'histoire populaire du Berry, au sens strict du terme, et partage ces dernières études lors de colloques ou en publiant des ouvrages. Il a la volonté de transmettre et fi xer ce patrimoine rural qui a fait, et fait toujours, la richesse du Berry.

« Dans les années 80, je faisais partie d'une équipe en charge de recueillir cette tradition orale et de la mettre par écrit. Avec ma petite équipe, on a sillonné tout le Berry ou presque à la recherche des personnes qui avaient en mémoire ces histoires ancestrales. Certains étaient méfi ants en nous voyant arriver, ils entrouvraient juste la porte ou la fenêtre, et racontait l'histoire ou poussait la chansonnette qu'une seule fois avant de se cloitrer », relate le chercheur. Il fallait que les transcripteurs soient parés à toute éventualité, bloc-notes en main ou magnétophone branché, pour capter à la volée, mot pour mot, le récit. La volonté était de n'en perdre aucune miette, y compris le dialecte, « pour plus de véracité. Alors que du temps de George Sand, tous les contes transcrits avaient été francisés, perdant un peu de leur âme au passage », regrette l'historien.

LE CONTEUR, PASSEUR DE MÉMOIRE

Car l'âme du conte ou de la légende en dit long sur le folklore qui entoure le récit. Ce dernier prend vie à travers celui qui le dit, grâce à sa gestuelle, ses intonations, ses imitations, sa lenteur ou inversement sa rapidité d'expression. Les conteurs étaient de véritables acteurs. Ils pouvaient aussi bien étoffer le texte que jouer sur les silences ou l'exagération, « tout était bon pour captiver l'auditoire et le faire voyage dans l'histoire.  Les contes étaient la télé de l'époque lors des veillées », souligne Daniel Bernard. Ils étaient le plus souvent destinés aux adultes, bien que certains pouvaient s'adresser aux enfants directement. « Les contes ont bien souvent un double sens. »

Des thématiques communes se déclinaient en versions très locales, avec l'introduction dans les récits de lieudits du coin, ajoutant ainsi du mystère aux récits. « Les lieux s'adaptent, les détails de l'histoire aussi, mais la trame reste la même qu'elle soit racontée à Valençay ou à Rosnay ou encore du côté de La Châtre, dans l'Indre ou dans le Cher. C'est ce qui est intéressant lorsque l'on couche par écrit ces contes. On remarque qu'il y a mille variantes d'une même histoire, dans une même province, avec un patois différent. »

Le loup, ou encore le musicien accompagné d'un animal, comme bien d'autres sujets ont alimenté, à la façon du pays où elles étaient contées, bien des légendes. On retrouve effectivement des traceurs ou des troncs communs aux 4 coins du monde. Des histoires d'antan encore ancrées dans les mémoires collectives et qu'il est possible de redécouvrir grâce au recueil des contes et légendes rédigé par Daniel Bernard.

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