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Artisanat
La passion du piano à bretelle

L’artisanat d’art se décline dans différents domaines. Verre, métal, papier… Depuis deux ans, l’univers musical de l’Indre peut compter sur un artisan réparateur-accordeur en accordéon.

Comme les notes de musique, la vie d’un instrument est faite de haut et de bas. Avec le temps, le chant mélodieux de ses débuts peut se transformer en véritable bruit de casserole ou de crécelle. Heureusement, les mains expertes des accordeurs sont là pour lui redonner vie et redorer son lustre d’antan.

 

DU BOIS A LA MUSIQUE

Pauline Floury est accordeur et réparateur à La Châtre l’Anglin. Installée depuis 2017, elle s’est spécialisée pour un instrument populaire, l’accordéon. Ebéniste de métier, c’est par hasard qu’elle s’est décidée à embrasser cette profession. « J’ai toujours aimé les métiers manuels, explique-t-elle. Toute petite je démontais déjà mes jouets pour les réparer. Je me suis orientée vers les métiers du bois pour obtenir en 2004 un brevet des Métiers d’Arts en ébénisterie. Un jour, une amie m’a apporté un accordéon de Roumanie. Je suis musicienne à la base et l’instrument était très abîmé, j’ai alors essayé de le réparer. Cela a été un déclic pour moi. » Pauline a suivi par la suite une formation spécifique à l’ITEMM (Institut technologique européen des métiers de la musique) ainsi qu’une autre de luthier au lycée de La Châtre. Après plusieurs stages chez des accordeurs et réparateurs d’accordéons, elle décide d’ouvrir son atelier en Berry. 


L'OREILLE, L'INSTRUMENT DE L'ACCORDEUR

Contrairement à ce que l’on pourrait penser, le métier d’accordeur ne nécessite pas de connaissances musicales particulières, mais l’écoute est essentielle. « Nous travaillons sur le son, l’oreille est très importante, insiste Pauline. Mais il faut aussi avoir des notions de physique. C’est la vibration des anches qui permet de produire du son. L’accordéon est un instrument à plusieurs voix, c’est-à-dire que la note est reproduite plusieurs fois en même temps avec des dissonances légèrement plus hautes ou plus basses, c’est ce qui lui donne ce son si particulier. La note de base vibre à 445 Hz, pour l’accorder, je joue sur la vitesse de ces vibrations en fonction du registre que je souhaite lui donner. » Un mécanisme en mauvais état peut nécessiter jusqu’à 10 heures de travail pour l’artisan. 

Il existe plusieurs sortes d’accordéons, chromatiques, diatoniques, concertinas et même électroniques, ce qui rend d’autant plus difficile le métier d’accordeur-réparateur. Les mécanismes ou l’habillement de l’instrument sont également propres aux fabricants; ils obligent parfois le réparateur à concevoir lui-même les pièces de rechange. « Ce n’est pas rare, rapporte l’artisane. Des pièces comme les boutons ou les bretelles peuvent être difficiles à trouver, car la production peut être arrêtée . Il existe une multitude de modèles, avec des couleurs ou des matériaux propres à chacun. Et puis il faut également satisfaire le client. »

 

L'ACCORDAGE, UNE QUESTION DE SENSIBILITE MUSICALE

La clientèle de Pauline est composée pour la majorité par les écoles de musique et leurs élèves. Certains propriétaires d’instruments n’hésitent pas à faire plusieurs centaines de kilomètres pour la solliciter. « En France, nous devons être une trentaine de personnes à faire ce métier. Chacun possède sa propre sensibilité dans l’accordage. Par exemple, lorsque je travaille sur un accordéon, j’essaie de réduire le timbre musette au maximum car je suis plus attirée par la musique trad. Les musiciens qui nous contactent le savent et se rapprochent de l’artisan qui leur convient le mieux. »

Pauline continue de jouer régulièrement de la musique et participe à des festivals de musique traditionnelle avec son groupe. « C’est mon autre passion. Je prends régulièrement des cours pour me perfectionner dans la pratique de l’accordéon. J’ai déjà participé au festival du son continu à La Châtre et prochainement nous allons jouer à la Chapelle du fer pour la fête du fer. »

Cette année, Pauline Floury participe à l’opération Secrets de fabrique. Une opportunité pour les Berrichons de découvrir ce savoir-faire peu commun qui fait désormais partie du paysage artisanal de l’Indre.

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