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LE MINUTIEUX TRAVAIL DE LA LAINE

Kathie Bucktrout et son compagnon Matthew élèvent des moutons à la Ferme du Beau, à Chaillac. Elle en transforme la laine et vend ses créations.

Arrivés en France, en 2004, Matthew et Kathie Bucktrout, britanniques d’origine, ont décidé de travailler ensemble sur un projet regroupant leurs valeurs : nature, animaux et respect de l’environnement. En 2015, lui s’installe en tant qu’agriculteurs et elle adopte le statut de conjointe collaboratrice, sur une exploitation de 27 hectares qui compte 100 moutons de race hampshire down. Une race sélectionnée par les éleveurs pour la qualité de sa laine, en plus de celle de la viande. « Beaucoup de races ovines britanniques ont une belle laine fine comme celle-ci », note Katie Bucktrout.

UNE MATIÈRE NOBLE  À TRAVAILLER

En raison de la taille de leur exploitation et de la nature de l’élevage ovin, la diversification s’est très vite imposée. « En 2016, à la suite d’une première tonte, on a vite pris conscience qu’on avait une matière noble entre les mains. Avec ces belles toisons, on a vu immédiatement ce que l’on pouvait en faire », explique l’éleveuse. Pour développer ses connaissances sur l’ensemble des caractéristiques de la matière et les techniques de travail, Kathie Bucktrout s’est formée au centre Lainamac, dans la Creuse. A travers son apprentissage, ses diverses expériences et tests conduits avec la laine, l’éleveuse s’est forgée le savoir qu’elle détient aujourd’hui. Elle connaît sur le bout des doigts les différentes propriétés de la laine, qui sont notamment isolantes et antibactériennes. Cette matière est aussi étonnamment absorbante et peut contenir jusqu’à 30 % son poids en eau. C’est également une excellente régulatrice thermique, intéressante dans la literie par exemple. « Travailler la laine n’est pas facile pour tout le monde, mais tout le monde peut en profiter. Un bonnet en laine quand on travaille dans les champs, c’est hydrofuge (protège de la pluie) et régule les températures, etc. », énumère l’éleveuse.

DES ÉTAPES À RESPECTER

Elle s’entoure des meilleurs tondeurs, doux avec les animaux et n’abimant pas la laine, car « une bonne tonte permet d’obtenir une bonne laine », affirme-t-elle. Elle procède ensuite au triage de la laine, pour sélectionner et catégoriser les différentes parties de la toison, toutes intéressantes. « Il y a une laine très fine et lisse pour les tricots, une autre partie de laine utilisée pour faire des oreillers et du feutre », détaille-t-elle. Les premières tontes de 2016 et 2017 ont été conservées le temps de créer un stock suffisant pour produire. Cette laine est ensuite acheminée dans la plus grande laverie de France, à Saugues en Haute-Loire, où la suinte, la terre et la poussière accumulées dans les toisons sont enlevées. Après ce grand nettoyage, Kathie Bucktrout emmène la laine à la filature artisanale de Ferrande, en Creuse. En France, pour faire filer sa laine, le prix peut varier entre 12 et 40 euros le kilo, selon l’entreprise, sa réputation et la qualité de ses machines. Les tarifs sont dégressifs. « Il faut donc préparer en amont ce que l’on souhaite faire de sa laine après le passage en filature. La moindre erreur peut coûter très cher », indiquet-elle. L’attente est également à prendre en compte, parce qu’il ne reste que très peu de laveries et filatures en France. Ainsi, pour recevoir sa laine lavée et filée, il faut parfois patienter entre 12 et 18 mois. L’éleveuse récupère ensuite sa laine sur cônes pour la vendre en gros. Elle travaille régulièrement avec une tisserande. Les cônes servent également dans un projet en collaboration avec une entreprise locale pour faire des pulls sur mesure, projet qui la pousse à acquérir de nouvelles compétences. La laine récupérée en écheveau est davantage destinée au tricot à la main. Pour teindre sa laine, Kathie Bucktrout plonge son matériau dans des cuves de teintures. « La France est un pays connu pour ses maîtres teinturiers, comme Paul Goût. Je m’inspire de leur travail avec des teintes naturelles », précise-t-elle. 

VALORISER LA LAINE DES ÉLEVEURS VOISINS

Selon Kathie Bucktrout, la filière de la laine française est fragile. La commercialisation est sans doute la partie la plus délicate, elle appelle donc les consommateurs à soutenir les producteurs et artisans. Depuis 2022, elle travaille avec la laine d’éleveurs à proximité, « cela leur permet de rentabiliser leur laine et moi, cela me permet d’avoir plus de laine sans élever plus d’animaux », décrit-elle. Grâce aux réseaux sociaux et à son site internet, elle a pu se faire connaître dans le département. Elle fait quelques marchés proposant ses pulls, écharpes, bonnets, etc. « J’ai toujours trouvé une variété impressionnante de produits possibles à faire avec la laine, que ce soit pour la maison, le jardin, les vêtements, etc. Chaque année, je trouve différentes façons de travailler avec des artisans, afin de proposer des produits originaux », assure Kathie Bucktrout. Elle a élargi sa gamme avec la production de semelles en feutre avec la laine : « elles ajoutent un confort indéniable et tempèrent l’intérieur des chaussures ou des bottes ».

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