Aller au contenu principal

Le peuplier noir, roi des terres humides, aujourd’hui menacé

  Chacun connaît – au moins de nom – le peuplier noir Populus nigra. Mais sait-on que l’espèce pure est en voie de disparition ? C’est qu’elle fut abâtardie par des décennies d’hybridation avec divers cultivars, la plupart provenant d’Amérique du Nord.  

Hier, avec ses homologues, saules et peupliers blancs, le noir jouait la majesté au fond des vallées humides. Le milieu lui convenait, ayant chaleur et soleil à disposition, sables, limons ou graviers pour y lancer ses racines, un peu d’eau en surface pour s’humecter, nullement gêné par une brusque inondation qui pouvait, éventuellement, recouvrir sa base – mais l’eau ne restait jamais longtemps.  

UN BEL ARBRE,  PROCHE DU PEUPLE  

Pourquoi ce nom de « peuplier », du latin Populus qui signifie aussi « peuple » ? Parce que, croit-on, les Romains aimaient le planter en des lieux publics et qu’il plaisait au peuple. Pour ceux qui le connaissent bien, il est ce grand arbre de 25 à 30 m de haut, pouvant vivre jusqu’à 200 ans (contrairement au peuplier de culture qui, lui, se récolte au bout de 50 ans). Il se repère facilement à son écorce fissurée et noirâtre – raison pour laquelle il est qualifié de « noir » – à ses chatons pendants, à ses feuilles triangulaires et finement dentées, visqueuses lorsqu’elles débourrent au début du printemps.   Devant un « vrai », on ne peut être que frappé par ses formes à la fois massives et majestueuses, par ses branches épaisses et son ample houppier. C’est un bel arbre qui, jamais, ne passe inaperçu, sans commune mesure avec le gringalet du même nom, cultivé quant à lui, qui étire son tronc maigre et dépouillé à côté de centaines de congénères, tous pareils. Le peuplier noir se nomme aussi « liard » ce que, certainement, les anciens ont encore en tête. « Liard » car ses jeunes rameaux souples ainsi que ses gourmands émondés servaient à lier, à la manière de l’osier. D’ailleurs, ce nom hante le parler des gens du Québec. Voici pourquoi : en débarquant avec Jacques Cartier sur ces terres froides qu’ils allaient découvrir puis défricher, les premiers Français – souvent originaires de l’ouest de la France – avaient tout naturellement emporté avec eux ce mot connu, qu’ils transmirent aux générations d’après.   

UN BOIS DONT ON NE SE VANTAIT PAS

Pourtant si majestueux, le peuplier noir délivre un bois qui, économiquement parlant, ne vaut pas grand-chose. Lequel bois procède d’un tronc souvent noueux et tordu qui se prête mal à la création d’une belle poutre ; par ailleurs, il se conserve mal. Tout juste, parce que la chaleur ne le déforme pas, servit-il à confectionner des tables de soufflets de forge, des paires de sabots ou de menus coffres sans valeur.   Et, autre usage dont il ne saurait se vanter s’il savait parler, il entrait dans la construction du gibet, de maudite mémoire. Un gibet installé sur la place publique : c’est là, au vu et au su de tous, que bandit de grand chemin, détrousseur de diligence, assassin ou simple voleur de gerbes pris la main dans le sac étaient pendus, finissant sous une de ses branches, une vie qui, bien souvent, fut misérable.  

MELLIFÈRE, MÉDICINAL…  

Si son bois reste peu apprécié, l’arbre possède en revanche quelques atouts reconnus. Hier, ses bourres cotonneuses emplissaient l’oreiller, ce que les gens du Québec n’ont pas tout à fait oublié, puisqu’ils le nomment « cottonwood » ou « arbre à coton ».  De plus, les apiculteurs de partout l’apprécient car, outre le pollen de ses premiers chatons, il produit aussi résines et huiles essentielles qui entrent dans la fameuse propolis aux nombreuses vertus, si chère aux adeptes de médecines douces ; des résines qui, également, permettent aux abeilles de restaurer leurs ruches.    De leur côté, bouillis ou macérés dans du vin, les jeunes bourgeons soignent toutes sortes de maux, toux, fièvres intermittentes, maladies de la peau, crevasses et brûlures, rhumatismes… Transformé en charbon végétal par calcination en vase clos, il facilite sécrétion salivaire et digestion, contrecarre nausées et diarrhées, blanchit les dents – de fait, c’est un excellent dentifrice.    Enfin, comme tout arbre, le peuplier noir abrite une vie animale très riche : papillons, coléoptères, chauves-souris, pics-verts et pics épeiches, mésanges et pouillots véloces, campagnols et même les vaches venant avec plaisir croquer ses feuilles riches en protéines.

Titre
Je m'abonne
Body
A partir de 93€
Liste à puce
Accédez à tous les articles du site L'Aurore Paysanne
Consultez le journal L'Aurore Paysanne au format numérique, sur tous les supports
Ne manquez aucune information grâce à la newsletter du journal L'Aurore Paysanne
Sous-titre
Vous êtes abonné(e)
Titre
IDENTIFIEZ-VOUS
Body
Connectez-vous à votre compte pour profiter de votre abonnement
Sous-titre
Vous n'êtes pas abonné(e)
Titre
Créez un compte
Body
Choisissez votre formule et créez votre compte pour accéder à tout {nom-site}.

Vous aimerez aussi

Virginie Elion, maire d'Aigurande, salue l'engagement des JA pour l'organisation de Terr'Agri sur ses terres et pour leur détermination au quotidien sur leurs exploitations. ©B.R
« Valoriser le dynamisme de nos jeunes agriculteurs »

Pour l’organisation de leur événement, les Jeunes Agriculteurs de l’Indre et du canton Boischaut sud peuvent compter sur le soutien indéfectible de

Terr’Agri 2026 : trois jours de fête agricole

 Les 4, 5 et 6 septembre, Aigurande accueillera Terr’Agri, grand rendez-vous festif et agricole organisé par les Jeunes Agriculteurs de l

Sur le pôle équin, les plus jeunes pourront découvrir la sensation de monter grâce à un tour en poney, comme ce fut le cas lors du dernier Terr'Agri à Levroux. © Écurie de Pouzelas
L'univers équestre s'invite à Terr'Agri

Grande nouveauté de cette édition de Terr'Agri, le pôle équin fera son apparition avec une ambition : faire découvrir au grand public la riche

Julien Pascal et Théo Tibaut, du canton d'Issoudun, transforment une R19 en traine-cul. ©B.R
Les traines-cul en cours de préparation

A quelques semaines de Terr’Agri, les cantons préparent leurs machines : moiss'batt et traine-cul.

©JA36
Inédit : un grand loto le 4 septembre

En amont de Terr’Agri, les JA 36 accueillent le public pour une soirée jeu avec un super loto.

La viande issue de la jeune charolaise de 3 ans de Jérôme Baritaud (en photo) et la vache de réforme de Kévin Baillon devraient couvrir le repas du samedi 5 septembre soir et du dimanche 6 septembre midi. ©M.G
Servir de la viande de qualité

Les 5 et 6 septembre, à Aigurande, les visiteurs de Terr’agri pourront se régaler avec les cuisses à la broche et le Berry burger.

Publicité