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Visite du préfet
Prise de contact les pieds dans la ferme

C’est dans une ferme de polyculture élevage que les élus de la chambre d’agriculture ont convié Michel Bonnier, préfet de l’Indre, pour lui décrire la réalité agricole départementale.

Il n’y a rien de mieux qu’une visite dans une ferme pour prendre le pouls de l’activité agricole d’un département. Le 20 décembre, à la demande des élus de la chambre d’agriculture, Jean-Etienne Reignoux a reçu à Chasseneuil le nouveau préfet en poste dans le département depuis début novembre. Michel Bonnier, accompagné de Florence Cottin, directrice de la DDT et Catherine Duffourg, cheffe du service appui aux territoires ruraux, a pu appréhender de nombreuses particularités de l’Indre, parmi lesquelles la non spécialisation d’un très grand nombre d’exploitations. « Cette manière d’être plus vertueuse n’est pas récompensée », a regretté Robert Chaze. Et le président de la chambre d’agriculture de citer deux dossiers qui mériteraient un meilleur traitement : celui du rééquilibrage des aides dans le cadre de la PAC et celui des modalités de calcul des indemnités calamité.  Concernant ce dernier, « à chaque fois, il y a au moins un tiers des éleveurs qui sont écartés du dispositif », a abondé Jean-Paul Girault, vice-président de l’organisme consulaire, en charge du dossier élevage.

« On avance pas tout seul »

Une situation dont fait régulièrement les frais Jean-Etienne Reignoux. Avec ses 40 vaches charolaises dont il engraisse les suites, ses 1 200 m² de production de volaille de qualité et ses 114 ha de grandes cultures, à chaque calamité, il « regarde passer les aides », s’indigne-t-il. Pourtant, comme pour tous les éleveurs, les aléas climatiques amputent son revenu. Pour cette campagne par exemple, il craint d’être « ric-rac en fourrage. J’ai pourtant une tendance à être stockeur. Pour moi, pour qu’il y en ait assez, il faut qu’il y en ait trop. J’ai fait beaucoup d’ensilage d’herbe en avril, mais après walou. » Pointant du doigt son stockage, il indiquait au préfet qu’au 15 décembre il avait déjà une ferme de vide, « cela ne m’était jamais arrivé. On a refait les rations, on calcule au plus juste ». De fait, son espoir d’agrandir son troupeau cette année s’est totalement envolé.  La stabulation de l’exploitation a été dimensionnée en fonction de leur arrivée ; un bâtiment sorti de terre en 2017, porteur de panneaux photovoltaïques, orienté sud-sud est pour le confort des animaux. « Le mieux aurait été plein est, mais il a fallu trouver un compromis entre le bien-être des bêtes et la production d’électricité », a-t-il expliqué, soulignant au passage que c’est vraiment par besoin que les agriculteurs réalisent ce type d’investissement, « et non pour se faire du fric, comme certains laissent croire. Le photovoltaïque, c’est une bonne solution à moindre coût pour disposer d’un bâtiment fonctionnel. »  Pour la concrétisation de ce projet, il s’est tout naturellement appuyé sur un groupe (la SAS Indre Agri SolElec), car pour lui « on n’avance pas tout seul ». Administrateur d’Axéréal, Jean-Etienne Reignoux est aussi un convaincu de la formule de mécanisation partagée. « Dans la cour, j’ai un tracteur et un télescopique. » Même s’il estime avoir encore beaucoup trop de ferraille, le gros des engins qu’il utilise est détenu par les Cuma locales.  D’ailleurs, il a expliqué au préfet ne plus pouvoir se payer le matériel au prix où il est aujourd’hui. « D’autant que les prix de nos produits ne suivent pas. Mes taurillons partent à 3,70 € actuellement, mon père les vendait 28 francs il y a 30 ans. Il y a une évolution des montants de nos charges qui n’est pas en corrélation avec nos prix de vente. »

Favoriser l’esprit d’initiative

Le même problème se pose avec le prix du foncier. Sur les 170 ha qu’il cultive, Jean-Etienne Reignoux en loue une soixantaine à des tiers, répartie en 30 propriétaires. « Tout le monde veut vendre, mais surtout pas me les donner ! », a-t-il ironisé. Les velléités des vendeurs n’ont rien à voir avec la rentabilité escomptée par les agriculteurs, « d’autant plus avec les niveaux actuels de revenus », a ajouté Robert Chaze. Cette pression à la hausse s’est accentuée avec l’arrivée d’investisseurs, or les prix pratiqués dans le reste de l’Europe sont notoirement plus élevés. Une donnée que Jean-Etienne Reignoux a mise en relation avec les latitudes offertes en dehors de nos frontières pour accompagner l’esprit d’initiative. Et de relater la visite récente d’une ferme laitière en Irlande, dans laquelle la salle de traite logeait sous un habitacle sommaire, ce qui n’empêchait pas l’éleveur d’envisager de porter le nombre de vaches à 500. « Chez nous, dès qu’on a un projet, on a tout de suite des associations qui nous tombent dessus. » Quand il a construit son bâtiment en 1999, les ‘gentilles missives’ qu’il a reçues faisaient état de moult craintes. « Qu’on nous laisse travailler ! C’est à l’administration de faire respecter la règlementation », sous-entendu pas la vindicte !

Et des initiatives, tant les élus de la chambre d’agriculture que l’éleveur, par ailleurs président de l’association des aviculteurs Berry Centre Auvergne, en ont plusieurs dans les cartons pour apporter de la valeur ajoutée à la ferme Indre. Ils ont cité aux représentants de l’Etat la création de retenues collinaires pour irriguer et celle d’ateliers de poules pondeuses ou canards à gaver. « Aujourd’hui en volaille, les directeurs d’abattoirs travaillent avec un compas. On a vu des projets refusés parce qu’ils étaient à 3 km trop loin du cercle. Tout est en train de se recentre r», a précisé Jean-Etienne Reignoux, qui craint que l’on refasse « une nouvelle Bretagne ». Pourtant, avec la crise aviaire, il est essentiel de sortir par exemple de la zone de gavage. Même dans un département à vocation avicole assez faible comme le nôtre,  « on peut faire quelque chose pour aller vers du développement », a plaidé l’éleveur auprès du préfet. Message entendu, a assuré l’intéressé, qui se dit prêt à travailler avec la profession pour faire avancer tous les dossiers évoqués à Chasseneuil le 20 décembre.

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