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Renouer avec les bienfaits des bouchures

Les haies sont associées à l'idée du paysage du Boischaut sud et à une agriculture durable et respectueuse des animaux. Au point que des agriculteurs replantent des haies autrefois rasées. Quand en plus ils invitent les enfants à participer à l'opération, on peut espérer que les générations futures comprennent l'impact écologique du bocage et auront à cœur de le défendre.

Les enfants se sont montrés captivés lors de leurs échanges avec Benjamin Culan, expert forestier.

Il est interdit de tailler les haies entre le 15 mars et le 31 juillet, période de reproduction des oiseaux », rappelle la Ligue de protection des oiseaux (LPO). Ecosystèmes à part entière, les haies sont en effet « des sites de reproduction, de nourrissage et de refuge pour de nombreuses espèces animales ». Mais cette loi ne s'applique qu'aux collectivités. En janvier dernier, des particuliers ont abattu de très vieux arbres sur plusieurs kilomètres sur le secteur d'Arthon, soulevant l'indignation de la population. Les auteurs de cette coupe drastique étaient pourtant dans leur droit. L'association Indre Nature a adressé dans la foulée une lettre ouverte aux élus de l'Indre « leur demandant de s'engager résolument dans la protection du bocage et de la biodiversité pour éviter que ce type de massacre » légal « se reproduise. »

LES AGRICULTEURS EN PREMIÈRE LIGNE

Les agriculteurs sont nombreux à comprendre l'intérêt des haies, les « bouchures » berrichonnes. Ces haies qui délimitaient jadis les champs et clôturaient les pâturages, rasées par leurs prédécesseurs dans les années 60 et 70 dans une quête au rendement, pour faciliter le passage de machines agricoles plus volumineuses destinées à cultiver des surfaces plus vastes.

Aujourd'hui le monde agricole a changé de visage et se soucie bien plus du bien-être animal et de la durabilité des espaces naturels. Désormais aidés financièrement à 80 % par l'Etat, dans le cadre du Plan de relance, et accompagnés par des associations relais, les agriculteurs laissent pousser, entretiennent ou replantent les haies.

C'est ainsi que Nathalie Guion et Bruno Perrot, éleveurs de veaux limousins à Cuzion et engagés dans les MAEC (nouvelles mesures agro-environnementales et climatiques de la Pac) ont pu replanter, début mars, 350 mètres linéaires de haies sur un plateau livré à tous les vents et donc dépourvu d'abri pour le bétail. « Pour comprendre les besoins des animaux, il suffit de les observer. Je vois bien que les veaux se couchent spontanément aux pieds des ronces pour se protéger du vent ou de la chaleur. Dans ce pré, les bêtes n'ont aucun abri contre le vent, la pluie, le froid ou la canicule en période de sècheresse » explique Nathalie Guion.

« La haie permettra d'apporter de la fraîcheur en été et de couper les grandes bourrasques du vent d'ouest. Elle sera aussi une barrière visuelle entre les troupeaux et favorisera la biodiversité en offrant des lieux de nidification et d'abri pour le petit gibier. » poursuit-elle. Bénéfices bien compris, les haies étant une réserve d'auxiliaires de culture (notamment d'oiseaux mangeurs d'insectes ou prédateurs de rongeurs), auxquels il faudrait ajouter entre autres : régulation climatique et hydrique, grâce aux arbres qui retiennent les eaux et limitent ainsi les risques d'inondation.

L'ART DE PLANTER UNE HAIE

Avec l'aide de Benjamin Culan, technicien forestier, les essences constituant la future haie ont été choisies en fonction du terrain, parmi les variétés existant naturellement sur place et présentant des fonctions complémentaires. « Les pommiers nourrissent insectes, oiseaux, sangliers et chevreuils en hiver. Les graines absorbées sont ensuite dispersées via les déjections des animaux. Il y a aussi des espèces d'arbres tels que les érables champêtres, qui servent de coupe-vent et font de l'ombre. A la base des haies, les espèces arbustives créent un soubassement dense et accueillent lièvres, lapins et perdrix » précise Paulin Jennetot, jardinier pour Berry Jardin, qui a réalisé la plantation.

Mais les variétés de plants doivent s'adapter au réchauffement climatique. Ainsi, « il faut renoncer à nos chênes pédonculés qui dépérissent sous l'effet des déficits hydriques successifs et les remplacer par des chênes pubescents ou des chênes verts, ajoute Benjamin Culan. Même souci avec les ormes et les frênes attaqués respectivement par la graphiose et la chalarose. Des alternatives existent ».

INTÉRESSER LES ENFANTS AUX BOUCHURES

Pour pérenniser un changement de mentalité, rien de plus avisé que de sensibiliser les enfants. Les seize élèves de CE1/CE2 de l'école d'Orsennes ont participé à la plantation de la future haie dans le champ de Nathalie Guion et Bruno Perrot.

Paulin Jennetot leur avait réservé une vingtaine d'emplacements. Après une séance d'échanges pédagogiques menée par Benjamin Culan, les enfants savaient tous de quoi est fait un arbre, comment il pousse et à quoi servent les haies.

Avec un enthousiasme remarquable, ils ont chacun mis en terre un plant, genoux au sol et mains dans la terre. Vingt plants de merisier, pommier, prunelier, charme, érable champêtre ou sureau ont ainsi augmenté la rangée de plantations.

Les élèves, très motivés, ont promis de surveiller la croissance de leur rejeton, contribuant ainsi à la préfiguration du projet de PNR qui fédère des élus du pays de Châtre-en Berry et du pays Berry Saint-Amandois. Ce PNR serait un formidable outil pour éviter le bétonnage des sols, sauvegarder la biodiversité et préserver le bocage, élément remarquablement différenciant de notre paysage. 

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