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Réseau Déphy
Conseiller, un métier en transition

Pendant 2 jours, les 22 et 23 mai à Valençay, près de 150 conseillers et techniciens du réseau Déphy ont planché sur leur rôle d’accompagnants des agriculteurs. Car comme pour ces derniers, leur métier a considérablement évolué ces dernières années

Aujourd’hui, la profession de conseiller est à la croisée des chemins. L’agent ne peut plus se borner à divulguer une technique, une stratégie culturale. Son rôle n’est plus d’apporter un savoir descendant des instituts de recherche vers l’agriculteur. L’information circule désormais de manières ascendante et descendante. Un va-et-vient qu’il est chargé d’organiser pour aider les exploitants à approfondir leur questionnement, à trouver les leviers nécessaires pour forger leur propre raisonnement, en fonction de leurs objectifs. Après la guerre, le contrat social passé avec les agriculteurs était clair : il leur revenait de nourrir les Européens et les mettre durablement à l’abri de la famine. Contrat largement rempli, puisqu’aujourd’hui en Europe, presque tout le monde mange à sa faim. Et désormais, c’est sur d’autres questions que les agriculteurs sont attendus. Les attentes sociétales sont fortes sur l’environnement, le bien-être animal… Elles changent rapidement, les décisions politiques sont plus dispersées, le marché n’est pas plus clair. De ce fait, les agriculteurs se trouvent au cœur de ces paradoxes et incohérences. 

Réflexion collective

« En tant que conseillers ou techniciens nous sommes à l’interface entre les attentes et décisions politiques et les agriculteurs », résume Claire Ruault, sociologue, chargée de recherche et de formation au sein du GERDAL. Elle intervenait lors de la table ronde sur l’évolution des métiers du conseil et l’expérimentation, dans le cadre du séminaire du réseau Déphy, qui se déroulait à Valençay les 22 et 23 mai. Dans un travail en groupe, il est nécessaire d’appréhender la façon dont les agriculteurs définissent les problèmes à traiter. Ceux-ci ne sont pas forcément formulés sous forme de questions mais expriment ce que les exploitants souhaitent modifier, ce qui ne leur convient pas, et peuvent être le support d’une problématique de travail. « La formulation d’une question pour base de travail fait partie de la mission du conseiller. Il n’est plus sur de la transmission simple de message, mais sur de l’aide à la réflexion dans ces groupes », définit la sociologue.

Rebondir de question en question

Cette nouvelle approche repose sur la capacité à s’emparer de nouvelles pratiques, en fonction de sa logistique (matériels disponibles, financement, choix cultural, sous-sol, prédateurs…), de ses objectifs (rendement, valorisation de sa production…). Le conseiller doit s’approprier tous ces paramètres pour faire ressortir, à travers tout un questionnement, les clés d’aides à la décision. Comprendre ce que l’agriculteur cherche à faire, pourquoi, dans quel contexte, afin de l’aider à tendre vers la solution, ou la mise en place de divers leviers pour atteindre ses objectifs. « En tant que conseiller, on doit écouter l’agriculteur en toute bienveillance, ne pas montrer que l’on n’est pas d’accord avec certains de ses choix, mais être capable de rebondir sur le pourquoi de tels choix pour comprendre ses intérêts. Tendre à ce type de détachement demande un travail sur soi, pour offrir un meilleur accompagnement », témoigne Clarisse Boisselier, de la chambre régionale d’agriculture de Bretagne. Dans un même groupe de développement, les agriculteurs font partie de différents réseaux (association, syndicat, Cuma…) ; ils disposent de plusieurs sources d’informations, d’un partage d’expériences riche. Certains sont plus individuels et profitent des réunions du groupe de développement pour faire le plein de nouveaux éléments. « Dans les groupes, il y a une vraie dynamique d’échanges, collective et régulière. Il est fréquent de voir dans certains un noyau dur de 3-4 agriculteurs sur lesquels se repose le reste du groupe. C’est ce noyau-là qui interagit et fait remonter les problématiques de l’ensemble des membres du groupe. Cette interactivité est nécessaire pour approfondir la réflexion », note Lionel Alletto, de la chambre régionale d’agriculture d’Aquitaine.

Une aide à la décision

Le conseiller retrouve ainsi sa position de partage de connaissances. Celles-ci sont soit issues de résultats d’expérimentations en recherche et développement, des instituts techniques notamment, soit des expériences des agriculteurs sur leur exploitation. Ces derniers donnent « leurs avis sur leurs méthodes et comment elles pourraient éventuellement être mises en place ailleurs », précise Claire Ruault. Dans ce contexte, le conseiller doit aider à libérer la parole, à reformuler en questionnant sur les problématiques mises en exergue par les agriculteurs lors des échanges au sein du groupe. « Le conseiller doit être à même de montrer le cheminement de réflexion. D’où on est partis, par quels points sommes-nous passés pour en arriver à la conclusion trouvée, en pointant les notions ou questions qui ont pu ressortir pour être étudiées ultérieurement ou à l’occasion d’une nouvelle réunion de groupe. L’idée principale est que les participants aux groupes de développement ou du réseau Déphy, sortent de la réunion en se disant "je n’avais pas pensé à ça ou à telle méthode pour améliorer telle ou telle approche au sein de mon exploitation" », conclut la sociologue.

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